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Kenneth Rogoff

Mercredi 28 décembre 2005 3 28 /12 /2005 22:21




LE POINT DE VUE DE

KENNETH ROGOFF


Le nouveau monde des matières premières


Si le grand économiste argentin Raul Prebisch était  vivant aujourd'hui, il ne fait aucun doute qu'il se demanderait si le monde s'est mis à tourner à l'envers. Sa théorie largement influente de la dépendance avançait que si les pays pauvres se reposaient trop sur les exportations de matières premières, ils n'atteindraient jamais le niveau industriel nécessaire pour soutenir une croissance rapide. Ils s'embourberaient à la place dans un cycle de déclin mondial des prix des matières premières et de réduction sans fin de la part des revenus.

La réponse favorite de Prebisch, le protectionnisme, s'est révélée désastreuse pour les nombreux pays d'Amérique latine et d'Afrique qui l'ont suivie. Mais le fait est que pendant des années Prebisch semble avoir eu la réaction juste au sujet des tendances des prix des matières premières sur le long terme. Les gains permanents d'efficacité dans les secteurs de l'agriculture et de l'extraction des ressources naturelles ont fait baisser les prix des matières premières, surtout dans les années 1980 et 1990. A quelques exceptions près, les pays qui se sont concentrés sur les exportations de matières premières n'ont obtenu que de piètres résultats, alors que les pays asiatiques ne disposant que de peu de ressources ont fait des progrès rapides.

Aujourd'hui, cependant, avec les géants asiatiques, l'Inde et la Chine, qui rejoignent l'économie mondiale les prix de l'essence, del'or du blé (lequel?) et de pratiquement toutes les autres matières premières explosent. Certes, il y aura toujours des cycles (le prix du pétrole, par exemple, chutera sans doute à nouveau avant de recommencer son ascension) mais la tendance à long terme de nombreuses matières premières restera clairement à la hausse pour quelque temps encore.

Ce que de nombreux négociateurs commerciaux et autres décideurs n'ont pas semblé reconnaître encore, alors que Prebisch l'aurait compris tout de suite, c'est que ce brusque retournement de situation comporte d'énormes implications pour l'équilibre mondial des pouvoirs. En effet, aucun autre aspect de la mondialisation économique ne lancera de plus grands défis aux dirigeants du monde au cours des décennies à venir.

Les questions sont nombreuses. Les pays riches sont-ils préparés à entrer dans une période de codépendance, dans laquelle ils seront tout aussi désespérément demandeurs de matières premières que les pays en voie de développement le sont de produits industrialisés et de technologies ? Sont-ils préparés à l'inévitable flux de pouvoirs et d'influence vers les pays producteurs de matières premières à mesure que ceux-ci s'enrichiront ? Comment les deux superpuissances du monde, la Chine et les Etats-Unis, vont-elles gérer le fait que d'importantes régions exportatrices de matières premières d'Afrique et du Moyen-Orient vers l'Asie centrale soient couvertes d'Etats-nations mal formés ?

Certains prophètes autoproclamés exposent le problème comme celui des limites des réserves naturelles, et prétendent que les matières premières les plus critiques diminuent à une vitesse alarmante. De nos jours, nombreux sont les adeptes de la théorie « du pic de Hubbert » de la production de pétrole, qui soutient que nous avons atteint les limites supérieures de nos capacités de production, que les puits s'assèchent et que la situation ne peut que se dégrader.
Cependant, comme l'indique ]'éminent historien du pétrole Dan Yergin, les oiseaux de mauvais augure ont clamé que les ressources en or noir étaient sur le point de se tarir au moins quatre fois déjà. A chaque fois, de radicaux progrès technologiques ont fait s'envoler ces menaces. A la fin des années 1800, l'extraction pétrolière impliquait de draguer avec des mulets. Aujourd'hui, forer à 3.000 mètres sous le sol des océans semble naturel à tout le monde.

Non, le monde n'est pas confronté à une pénurie prochaine de matières premières. En réalité, il se passe que l'intégration de 2.5 milliards de personnes (la Chine et l'Inde) dans l'économie mondiale produit un déplacement de la demande susceptible de mettre bien plus de pression sur la hausse des prix des matières premières qu'aucun gain technologique ne sera sans doute capable de contrebalancer. Par conséquent, et ce au moins pour cinquante à soixante-quinze ans. et peut-être même jusqu'à ce que les humains se mettent à forer sur Mars au cours des siècles à venir, les prix de nombreuses ressources naturelles vont monter.


Le nouvel équilibre des puissances économiques qui en résultera va-t-il déstabiliser la situation politique mondiale ? La Première Guerre mondiale a été en partie déclenchée par l'inquiétude de l'Allemagne devant l'accaparement par les autres puissances coloniales d'une trop grande part du pétrole mondial et des matières premières. De même, pendant la Seconde Guerre mondiale, le Japon a craint pour la stabilité de ses fournitures en pétrole et autres ressources naturelles venues de l'étranger. De telles tensions vont-elles apparaître entre la Chine aux ressources incertaines et l'Occident?

Heureusement, cela ne semble pas vraisemblable pour le moment, notamment au vu de l'approche aussi sobre que pragmatique des problèmes de ressources de leur pays manifestée par les dirigeants chinois. Les Chinois se tournent vers des régions comme l'Afrique dans l'espoir de trouver des partenaires commerciaux stables. Ils ne partagent pas l'évangélisme politique des Américains, qui ne veulent pas seulement faire du commerce avec les exportateurs de matières premières, mais veulent aussi les convertir.

Et puis il y a ces dirigeants américains qui parlent encore de rendre les Etats-Unis autosuffisants en termes de ressources énergétiques. C'est une plaisanterie : suffisants, peut-être, mais autosuffisants, jamais. Une grande partie du monde arabe pense, et c'est compréhensible, que l'invasion de l'Irak constitue la pierre angulaire de la stratégie américaine visant à se procurer des ressources énergétiques stables. S'ils ont raison, on ne peut qu'espérer que l'Amérique a une solution de secours.

En attendant, les prix des matières premières vont continuer d'augmenter et les exportateurs de pétrole constituer les plus grands contributeurs au déficit commercial géant des Etats-Unis. Peut-être la vraie stratégie américaine consiste-t-elle à essayer de devoir aux pays exportateurs de pétrole tellement d'argent que ceux-ci deviendront dépendants du bonheur qu'ils procurent à l'Amérique ! Voilà un tournant que Prebisch n'aurait jamais prévu.


Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Mercredi 4 janvier 2006 3 04 /01 /2006 01:50


Dédicace de Pancho Villa:



It's Raining Again

It's raining again
Oh no, my love's at an end.
Oh no, it's raining again



à Ken Rogoff qui a écrit dans le FT (qui est à mon avis en tant que quotidien de loin le top du top):



'In today’s benign environment of global growth, anyone who cautions that good times might end is a heretic. What if Pharaoh had beheaded Joseph for daring to suggest higher taxes during the fat harvest years so people would not starve during the lean ones? Instead, Egypt’s leader cast his lot with the world’s first recorded business cycle theorist and the rest is, well, history. But are our leaders today preparing for the inevitable downside of the cycle? I wonder.


Let us first acknowledge that we are indeed living in boom times. ... Moreover, under­pinning this ... are numerous positive developments. First and foremost ... is the continued rise of Asia (especially China) with huge and diverse benefits for the global economy. Second, thanks to greater independence, improved ­policy ... and ... globalisation, central banks have been enormously successful at bringing down inflation. This is a worldwide phenomenon... Third, most countries have ­experienced a clear trend decline in income volatility over the past 20 years... Fourth, long-term interest rates are back to 1950s levels, due partly to a temporary global investment shortfall.

...(Je censure)

Low interest rates, in turn, have underpinned a worldwide housing boom. Together with reduced output ­volatility, they have helped bring down risk spreads on virtually every kind of debt, not least that of emerging ­markets. ... Still, are the risks to the fat years as low as most markets and policymakers now perceive them to be? It does not take a prophet to think of things that might go wrong.

...(Je censure)

The number one risk to global growth ... has to be ... a terrorist incident involving weapons of mass destruction. ... Imagine, for example, that nuclear material were found in a container ship headed into New York. (Perhaps ... it might be found wrapped in one of the multitudinous bales of marijuana smuggled into the US every day.) Even if catastrophe were forestalled, governments would almost surely start treating container shipments with the same indignity now accorded to airline passengers. The ensuing delays would wreak havoc across ... global supply chains, effectively constituting a huge tax on global trade.

Equally problematic would be a meltdown in one of the world’s many hotspots, for example in the Middle East, North Korea or the Taiwan Strait. Imagine that a military standoff led to a sustained pause in shipping from greater China. A pandemic such as avian flu could cause similar problems, by interfering with the movement of individuals both within and across ­borders.

Markets seem to fantasise that the US Federal Reserve would simply step in in the event of a catastrophe and sharply cut interest rates as it did after September 11, 2001. But a sustained blow to the global transportation network would have far more dire economic implications than a localised disaster. Is anything being done to prepare for this risk? Perhaps, but in practice, any implementation of contingency planning is likely to be woefully ad hoc, as Hurricane Katrina illustrated.

As good as the economic fundamentals are, it is easy to find ... vulnerabilities. Top of the list has to be global housing prices – which are not actually all that close to earth any more. ...[In] China, the leadership there still faces a delicate social, economic and political balancing act to sustain the country’s break-neck development pace. ... A pause in China’s growth would have huge global implications for commodity prices, inflation and productivity. Then there is energy. Yes, the run-up in oil prices over the past two years seems to have had a relatively modest effect on global growth. ... Still, oil has not lost its ability to sting. ... Lastly,... explosion of unregulated hedge funds and the widespread use of derivatives such as credit default swaps pose risks that are simply impossible to calibrate until the system is stress-tested. ...

...


In the light of these and other risks, today’s policy climate seems marked by a discouraging level of political paralysis. The US is running a substantial budget deficit in spite of a booming economy. In Europe, reforms are at a standstill. Asia needs more flexible exchange rates to share the burden of global imbalances and, in Latin America, reform paralysis in major countries has produced tepid growth in spite of a phenomenally supportive global backdrop. The common-sense biblical wisdom of using good times to prepare for worse ones does not seem to have many adherents these days. Perhaps that complacency is the greatest risk of all.
'


Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Mercredi 18 janvier 2006 3 18 /01 /2006 18:17



Kenneth Rogoff nous livre ici un article PARFAIT!!!!


Et pour cela je réitère ce que Mundell voudrait et ce que j'ai dit:

"Angesichts des erstarkenden Euro und den möglichen Folgen einer Entwertung des Dollar schlägt der Wirtschaftswissenschaftler (Mundell) nun erneut seine Lieblingsidee vor, einen globalen Währungsraum einzuführen. Schon vor der Einführung des Euro-Geldes hatte er eine Währungsunion von Dollar, Yen und Euro propagiert. Würde man die Währungen aneinander binden, so würde dies für die drei Währungsblöcke zu einer stabileren Wirtschaft und zu größerem Wachstum führen. Und für die Länder, die sich der Weltwährung anschließen und ihre Währung daran binden, gäbe es durch die Ausschaltung von Währungskrisen auch größere Stabilität und bessere Handelsbedingungen."

P.-V.:Doch zuerst gemeinsame, konvergierende und realisierbare Ziele festlegen , z.B. anhand einer vorher fest definierten Diskussions-Plattform die es dann überhaupt ermöglicht einen Gedankenaustausch auszuüben, denn ohne Dialog und Debatte wird es wohl auch keine Lösungen geben. (Isch doch klar, gell?).

(on est tous dans le même bateau!)





America’s Perpetual Christmas
By Kenneth Rogoff

Has the United States transcended the laws of economics? As the New Year begins, the US continues to race ahead of its rich-country counterparts. The gargantuan US trade deficit? No problem. In 2005, it widened further, and the dollar only strengthened. Low investment and a deteriorating primary education system? Not to worry. The super-flexible US economy keeps managing to produce more with less.

Nor are there any signs of America’s economic hegemony starting to fold under the weight of maintaining its unilateral military dominance. Instead of feeling the pinch of wartime privations, like in any ordinary country, American consumers are binging as if it were Christmas all year round.

There are those who truly believe in the idea that America is exceptional. Those true believers argue that America’s consumers can long pursue their spendthrift ways because their country’s economy is better than everyone else’s. The US labor market is more flexible than Europe’s, enabling it to react more nimbly to the ever shifting sands of globalization. And, unlike most countries, especially in Latin America and Asia, the US system ruthlessly prunes weak corporate leadership.

Moreover, the true believers cite America’s better-funded and hyper-competitive university system, which sucks in a disproportionate share of the world’s top students and researchers. Many ultimately choose to immigrate to America permanently, and it is relatively easy for them to do so, thanks to a society that still welcomes outsiders with open arms (even if things have become more difficult since 2001). On top of all this, the US military, rather than being a burden, feeds the country’s technological superiority by subsidizing basic research.

By contrast, skeptics hold that the US economy already contains the seeds of its own socio-economic decline. They point to worsening income inequality, as images beamed worldwide from post-hurricane New Orleans illustrated all too clearly. Poor children do not have reasonable access to health care. Nor are the non-poor faring particularly well, as wage growth has remained virtually flat for a very long time, even as corporate profits are booming.

Indeed, this disconnect may explain why polls do not give President Bush the credit for economic management that his strong record would seem to merit. Nor does it help Americans’ mood that they spend far more of their lives working than do citizens in Europe or, these days, even Japan. All of these factors place deep stresses on the social fabric which, so the skeptics argue, will ultimately play out in the political arena.

Interestingly, both sides cite America’s gaping trade deficit – believe it or not, the US is soaking up two-thirds of global excess saving – to support their arguments. The true believers view the deficits as evidence that the world recognizes how special the US is and wants to buy in. Skeptics see an empire living on borrowed money and borrowed time.

So which is it? In my view, those who think that America is about to collapse are likely to be disappointed. Nevertheless, I suspect that the age of American exceptionalism is near an end, and soon per capita income in Europe and Japan will approach that of the US, rather than falling farther behind. Though the next few years are likely to underscore some of the weaknesses that the skeptics highlight, the end will come mainly because other countries will find creative ways to mimic the most effective US institutions, albeit within their own legal, political, and social frameworks.

We would do well to recall how, at the beginning of the 1990’s, book after book was still being written urging US and European corporations to imitate Japan or face certain doom. The last 15 years have of course revealed deep flaws in Japan’s financial system. But another major factor contributing to Japan’s decline was that firms elsewhere began adopting Japanese methods, such as just-in-time supply chains. Surely, imitation will someday impinge on superior US growth performance as well.

Perhaps the biggest weakness in the true believers’ argument is the trade deficit. For the moment, America’s ability to borrow vast sums at low interest rates acts like a huge dose of steroids on the economy. It artificially props up consumption growth and allows the government to defer hard choices between taxes and military expenditures. At some point, the party is going to end.

The unwinding of the US economy might even begin in 2006, particularly if Japan continues to grow out of its doldrums, the US housing market softens dramatically, and Europe’s economic recovery accelerates. Individually, these are each highly plausible scenarios, and collectively they would hit the US trade deficit like a perfect storm.

Perhaps the end will come in a different way, but it is difficult to imagine the age of US exceptionalism lasting indefinitely. Can the end come abruptly in 2006? This is not the most likely scenario, but it is not unthinkable.



Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /2006 14:30


Intelligence artificielle et mondialisation

Kenneth Rogoff



On pense que c'est la montée en puissance de l'Inde et de la Chine qui va conduire l'évolution de l'emploi et des salaires au niveau mondial durant le 21° siècle. Les salariés des pays riches risquent de voir leurs revenus baisser en raison de la concurrence d'une main d'œuvre compétente et laborieuse en Asie, en Amérique latine et peut-être même un jour en Afrique. C'est une manière de voir intéressante, qui mêle enjeux humains et politiques au niveau de la planète. Pourtant, lors des prochaines décennies, c'est peut-être un autre facteur qui va peser davantage sur la répartition du travail et le niveau des salaires, à savoir la croissance exponentielle des applications de l'intelligence artificielle.

Je vois le monde de l'intelligence artificielle à travers le prisme étroit d'un jeu vieux de plus de 500 ans, le jeu d'échec. Même si l'on ne s'intéresse pas à ce jeu, considéré comme ce qu'il y a de plus accompli dans le domaine du sport intellectuel, les développements étonnants qu'il a suscités lors de la décennie écoulée ont de quoi retenir l'attention. Il est depuis longtemps au centre des recherches dans le domaine de l'intelligence artificielle. Si en théorie on peut envisager toutes les actions possibles, la complexité du jeu d'échec semble défier les limites de ce qu'il est possible de faire. Il est à peine exagéré de dire qu'il y a plus de possibilité de déplacer les pièces sur un jeu d'échec qu'il n'y a d'atomes dans l'Univers.

Durant la plus grande partie du 20° siècle, les informaticiens ont essayé sans succès de concevoir un ordinateur capable de concurrencer les meilleurs joueurs. Mais l'intuition d'un joueur et sa faculté de visualiser et de classer les coups l'emportait facilement sur l'approche strictement logique d'une machine. Les ordinateurs ont fait des progrès, mais pas au point d'atteindre le niveau des meilleurs joueurs. Du moins, le pensions-nous. Car en 1997 il y eut un événement historique qui a stupéfait le monde : la victoire de "Deep Blue", l'ordinateur d'IBM, sur le champion du monde, Gary Kasparov. Très orgueilleux, c'est peut-être Kasparov lui-même qui a été le plus étonné - au point de croire que l'équipe d'IBM avait triché. Il a lancé sarcastiquement aux journalistes qu'il avait senti "la main de Dieu" derrière son adversaire électronique.

Mais IBM n'avait pas triché. C'est la combinaison de logiciels très ingénieux et d'une architecture de calcul massivement parallèle qui a permis de développer une entité au silicium capable d'atteindre une telle finesse et une telle sophistication, au point que les plus grands joueurs d'échec (moi-même inclus) en sont restés stupéfaits. Et depuis 1997, les ordinateurs ont fait encore des progrès, au point où battre un maître d'échec ne représente plus un défi insurmontable pour les informaticiens.

Les échecs, seulement un jeu dites-vous ? Peut-être, mais laissez-moi vous dire quelque chose : il y a 30 ans, quand j'étais un joueur professionnel (j'ai représenté une fois les USA au championnat mondial d'échec), je pouvais deviner le caractère d'un joueur, rien qu'en le voyant jouer, même s'il s'agissait d'un amateur. Et jusqu'à il y a peu, je pouvais facilement distinguer un adversaire humain d'une machine. Mais tout a changé en un éclair. Les machines peuvent imiter les joueurs les plus connus, y compris leurs erreurs, au point que seul un spécialiste (et dans certains cas, seulement un ordinateur) parvient à faire la différence.

Il y a plus de 50 ans, Alan Turing, le père de l'intelligence artificielle, a dit que toutes les fonctions du cerveau pouvaient se réduire à des fonctions mathématiques et qu'un jour l'intelligence artificielle pourrait rivaliser avec l'intelligence humaine. Il prétendait que ce jour-là, un être humain ne pourrait pas savoir s'il parlait à une machine ou à un autre être humain. Le test de Turing est le Saint Graal de la recherche en intelligence artificielle. Pour moi, une partie d'échec est une forme de dialogue et j'estime que les logiciels actuels ne sont pas loin de passer le test de Turing.

A examiner quelques jeux d'échecs sur internet je ne peux pas faire si facilement la différence. Mais les ordinateurs d'aujourd'hui n'atteignent pas le niveau de Hall, l'ordinateur fou dans le chef d'œuvre de Stanley Kubrick, "2001 : odyssée de l'espace", et encore moins celui des androïdes que l'on voit dans la série des Terminator avec Arnold Schwarzenegger. Néanmoins, le niveau atteint par les ordinateurs est déjà assez effrayant.

Quelle sera la prochaine étape ? Mon emploi de professeur d'économie pourrait être menacé. Je n'ai pas de doute que dans quelques années on pourra acheter un ordinateur-enseignant de poche (peut-être même avec une image holographique) aussi facilement que l'on peut acheter aujourd'hui un ordinateur de poche qui joue aux échecs à l'égal de Kasparov.

Revenons-en à l'Inde et à la Chine. La mondialisation s'est accélérée tout au long du siècle précédent, notamment depuis les années 1980. Mais tout laisse à penser que c'est l'évolution technologique bien plus que le développement du commerce qui est la cause principale de l'évolution des salaires. C'est la technologie, pas le commerce, qui a été la grande affaire de l'économie du 20° siècle (même s'il il y a une interaction évidente entre les deux, le commerce servant à diffuser la technologie et à stimuler son évolution, mais c'est seulement une affaire de sémantique). Va-t-il en être autrement pour le siècle en cours ? Ou alors l'intelligence artificielle va-t-elle remplacer le mantra de la délocalisation ? Les joueurs d'échec connaissent déjà la réponse.


P.S.:

'Ou alors l'intelligence artificielle va-t-elle remplacer le mantra de la délocalisation ? Les joueurs d'échec connaissent déjà la réponse.'



P.V pense que:

'Mundell connait la reponse!' Et, a tous les 'Europeens', PRENEZ UN EXEMPLE!




Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Lundi 17 avril 2006 1 17 /04 /2006 11:09


GLOBALISIERUNG



"Risse im System"



Harvard-Ökonom Kenneth Rogoff über ungezügelten Kapitalismus, die Gier der Konzernchefs und die Frage, wie den neues Wirtschaftswunder gelingen kann


Rogoff, 53, war Chef-Ökonom des Internationalen Währungsfonds (IWF) und lehrt nach Stationen in Princeton und Berkeley Wirtschaftswissenschaften an der Universität in Harvard. Der frühere Schachprofi und Internationale Großmeister ist ein Verfechter der liberalen IWF-Politik und bezeichnet sich als „Schwarzenegger-Republikaner". In seinen jüngsten Schriften kritisiert er die negativen Folgen der Globalisierung und warnt vor politischen Unruhen, falls Politiker und Manager nicht für eine gerechtere Verteilung des Wohlstands sorgen.


SPIEGEL: Professor Rogoff, die US-Wirtschaft brummt, Präsident Bush jubelt über das hohe Wachstum. Aber die Mehrheit aller Amerikaner glaubt, sie lebe in einer Rezession. Wer hat hier ein Wahrnehmungsproblem?

Rogoff: Ich habe mich auch gefragt, ob die Leute verrückt geworden sind. Aber Tatsache ist: Der Anteil der Löhne am Gesamtwachstum schrumpft.

SPIEGEL: Das heißt: Die meisten Menschen bekommen vom Aufschwung nichts mit und sind zu Recht enttäuscht?

Rogoff: Die arbeitende Bevölkerung hatte in einem Zeitraum von 100 Jahren einen gleichbleibenden Anteil am volkswirtschaftlichen Einkommen. Deshalb waren auch Marx' Thesen völlig falsch, dass im Kapitalismus nur die Kapitalisten profitieren und die Arbeiter ausgebeutet werden. Nichts war mehr von der Wahrheit entfernt. Arbeiter haben in gleicher Weise hinzuverdient, wie die Volkswirtschaften gewachsen sind.

SPIEGEL: Gilt das nicht mehr?

Rogoff: Seit 20 Jahren gibt es in allen reichen Ländern einen auffallenden Niedergang des Faktors Arbeit. Die Reichen werden reicher, aber am unteren Ende kommen die Menschen nicht so schnell voran wie die Kapitalisten.

SPIEGEL: Marx hatte also doch recht?

Rogoff: Bis dahin ist es noch ein weiter Weg. Arbeiter werden nicht ausgebeutet. Aber wenn ihr Anteil am Wachstum nicht größer wird, ist das eine potentielle Ursache sozialer Spannungen weltweit. Der Punkt ist nur: In den USA sind bisher Versuche gescheitert, diesen Trend umzudrehen. Die Boeing-Beschäftigten haben durch ihren Streik kaum etwas erreicht. Die Position der Arbeiter ist geschwächt -in der Luftfahrt und in anderen Industrien.

SPIEGEL: Gleichzeitig kassieren Konzernchefs und Wall-Street-Banker Bonuszahlungen in Rekordhöhe.

Rogoff: Es gab noch nie eine bessere Zeit, um reich zu werden. Es ist schon überaus erstaunlich, wie viel Geld etwa die Leute im Hedgefonds-Business machen oder im Private-Equity-Bereich und wie wunderbar es den wohlhabenden Familien geht. Angesichts solcher Widersprüche ist es kein Wunder, wenn Durchschnittsamerikaner anders über die Wirtschaft denken als George W. Bush und seine Freunde. Die können so lange mit Statistiken spielen, wie sie wollen: Über die ungerechte Verteilung des Wohlstands gibt es keinen Zweifel.

SPIEGEL: Solange es den Vom-Tellerwäscher-zum-Millionär-Traum gibt, hat das bislang kaum jemanden gestört.

Rogoff: Ich sage meinen Kindern, dass ein Mann wie Bill Gates über ein Vermögen von 50 Milliarden Dollar verfügt. Das können sie überhaupt nicht begreifen. Dann erkläre ich ihnen, dass viele Länder auch nicht mehr Geld haben als er. Wenn wir solche Extreme haben, kann ich nicht einsehen, warum wir jetzt auch noch die Erbschaftsteuer abschaffen. Sie hat der Wirtschaft nicht geschadet und über die Generationen hinweg die Einkommensverteilung ausgeglichen.

SPIEGEL: Solche milliardenschweren Steuergeschenke für Superreiche sollen Wachstum für alle erzeugen. Steigendes Wasser hebt alle Boote, lautet ein entsprechender Slogan der Konservativen.

Rogoff: Bei der Katastrophe von New Orleans hat man konkret gesehen, wie es Leuten in bitterer Armut ergeht: Sie haben gar kein Boot. Noch mehr Steuererleichterungen sind der falsche Weg, solange es nicht einmal für Kinder eine Krankenversicherung gibt. Ich finde das ungeheuerlich.

SPIEGEL: Sind diese Ungerechtigkeiten der Preis für niedrige Arbeitslosigkeit und starkes Wachstum in den USA?

Rogoff: Dieser ungezügelte Kapitalismus bei uns wird sozial nicht durchzuhalten sein, das führt zu Spannungen. Wenn wir noch einmal fünf weitere Jahre wie die letzten fünf erleben, werden sich soziale Reibungen verstärken. Die Menschen schauen ja nicht nur auf ihr eigenes Wohlergehen, sondern auch auf ihre Nachbarn, auf ihren Platz in der Gesellschaft. Diese gewaltigen Ungleichheiten sind kein besonders wünschenswerter Wesenszug in unserer Gesellschaft.

SPIEGEL: Sind westliche Konzernchefs Getriebene der Globalisierung, oder nutzen sie die Lage zu ihrem Vorteil aus?

Rogoff: Wir reagieren auf die Kräfte des Marktes, wir versuchen, Jobs zu schützen - das ist das Selbstbild vieler Manager. Sie können überhaupt nicht verstehen, warum die Menschen wütend auf sie sind. Nehmen Sie Firmenübernahmen, bei denen der scheidende Vorstandschef eine Abfindung von 50 Millionen Dollar einstreicht und 5000 Arbeiter entlassen werden. So etwas passiert regelmäßig. Auf der einen Seite zeigt es: Wir haben ein flexibles Wirtschaftssystem, wir erlauben den Wandel. Andererseits ist es natürlich völlig naiv zu glauben, dass dadurch keine Spannungen entstehen.

SPIEGEL: Aber schaden sich Unternehmen und Länder, die sich gegen die Globalisierung stellen, nicht am Ende selbst?

Rogoff: Einfache Antworten gibt es nicht. Natürlich wäre es Selbstmord, beispielsweise unsere Industrien zu verstaatlichen. Wer aber sagt, die Wirtschaft wächst, alles ist wunderbar, der will diese Risse im System einfach nicht zur Kenntnis nehmen. In China ist diese Kluft ja übrigens noch viel gewaltiger. An der Küste herrscht das 21. Jahrhundert, und auf dem Land, wo zwei Drittel der Chinesen wohnen, können Sie noch das 18. Jahrhundert erleben. Das sind unfassbare Ungleichheiten. Die haben einen extrem rohen Kapitalismus.

SPIEGEL: Dem englischen Ökonomen Ricardo zufolge ist Freihandel für alle gut. Die reichen Industriestaaten müssten nach seiner Theorie nur auf der technologischen Leiter nach oben klettern, um ihre Verluste in ausgelagerten Industrien abzugleichen.

Rogoff: Ricardo hatte noch nie recht. Sicher, es gibt mehr Gewinner als Verlierer, und die Gewinner profitieren mehr als die Verlierer einbüßen. Aber dass vom Freihandel alle zur gleichen Zeit profitieren, stimmt einfach nicht

SPIEGEL: Protektionismus...

Rogoff:... ist kein Ausweg, wir können die Uhr nicht zurückdrehen. Aber ein ungezügelter Kapitalismus wird zu sehr realen Problemen führen. Wir werden sehen, dass eine immer weiter reichende Liberalisierung langfristig die politische Unterstützung in der Bevölkerung vertieren kann.

SPIEGEL: Wenn ganze Branchen nach Fernost verlagert werden, wo können dann im Westen überhaupt neue Arbeitsplätze entstehen?

Rogoff: Unsere Hightech-Industrien profitieren ja gewaltig, aber für 50-jährige Stahlarbeiter oder für Leute aus der Luftfahrtindustrie ist es schwierig bis unmöglich, sich zum Besseren zu verändern. Das Problem - jedenfalls in den USA - ist nicht, dass die Leute keinen Job mehr finden. Das Problem ist, dass sie keinen Job mehr bekommen, der ihnen Würde verleiht und einen vernünftigen sozialen Status. Diesen enormen Sog nach unten für ungelernte Arbeiter gibt es ja schon länger. Ab jetzt werden auch die mittleren und höheren Ränge vom Outsourcing betroffen - Menschen, die sich in ihrer Position sehr sicher fühlten.

SPIEGEL: Im Klartext: Nicht einmal erstklassige Bildung schützt vor der Konkurrenz der Chinesen?

Rogoff: Wissen Sie, ich war in jüngeren Jahren Schachprofi. Früher konnten Sie sich als bester Spieler von New York sehr gut Ihren Lebensunterhalt verdienen. Inzwischen sind die Inder und Chinesen brillante Schachprofis geworden. Die steigen ins Flugzeug und spielen überall mit Das hat zu einem dramatischen Druck auf die Einkommen geführt. Wenn Sie der beste Schachspieler Argentiniens sind, können Sie davon heute nicht mehr leben.

SPIEGEL: Welchen Platz hat Deutschland in der globalisierten Welt?

Rogoff: Selbst wenn Ihre Wirtschaft in diesem Jahr ein bisschen wächst - der Trend zeigt abwärts. Sie brauchen Reformen auf dem Arbeitsmarkt, im Steuersystem, im Corporate-Governance-Bereich und im Bildungssektor. Ihr Schulsystem ist im Vergleich zu den USA sehr gut, aber Ihre Universitäten sind nicht wettbewerbsfähig.

SPIEGEL: Sie haben eine der weltweit größten Volkswirtschaften schon abgeschrieben?

Rogoff: Verstehen Sie mich nicht falsch. Wenn Berlin endlich entschieden reformieren würde, könnte es die USA im Wachstum für 20 Jahre übertreffen. Deutschland, mit seiner Kultur, seiner Bildung, seinen hochqualifizierten Einwohnern, ist so unglaublich reich. Es müsste seine Muskeln nur ein wenig anspannen, dann könnte es in den nächsten Jahren Wachstumsraten von vier, fünf Prozent (Hmmm?)  erreichen und ein Wirtschaftswunder wie in den fünfziger und sechziger Jahren schaffen. Solange es diese politische Lähmung bei Ihnen gibt, wird es dazu aber nicht kommen.


Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Jeudi 20 avril 2006 4 20 /04 /2006 14:03


"Unbridled Capitalism Will Lead to Very Real Problems"



Harvard economist Kenneth Rogoff discusses the dangers of unbridled capitalism, the greed of corporate CEOs and a fundamental problem with the United States economy.

Spiegel: Professor Rogoff, the US economy is surging forward, while President Bush celebrates high growth rates. But most Americans believe they are living in a recession. Who is right?

Rogoff: I too have asked myself whether people have gone crazy. But the fact is that the share of wages in total growth is shrinking.

Spiegel: In other words, most people are not benefiting from the recovery and are justifiably disappointed?

Rogoff: The working population's share of national income remained constant for 100 years. That's why Marx's theory that only capitalists benefit from capitalism and workers are exploited was completely wrong. Nothing could have been further from the truth. Workers earned more as economies grew.

Spiegel: Is this no longer true?

Rogoff: There has been a noticeable decline in the labor factor in all wealthy countries in the past 20 years. The rich are getting richer, but those at the lower end aren't moving ahead as quickly as the capitalists.

Spiegel: So Marx was right after all?

Rogoff: We're still a long way away from that. Workers are not being exploited. But if their share of growth doesn't increase, this could be a potential cause of social tension worldwide. The point is that so far attempts to reverse this trend in the US have failed. Boeing employees achieved barely anything by going on strike (editor's note: last autumn). Instead, the workers are now in a weaker position -- both in aviation and in other industries.

Spiegel: Meanwhile, corporate CEOs and Wall Street bankers are cashing in on record bonuses.

Rogoff: There has never been a better time to get rich. It's quite astonishing how much money people make in the hedge fund business and in the private equity field, and how well-off affluent families really are. Given these contradictions, it comes as no surprise that average Americans have a different perception of the economy than (US President) George W. Bush and his friends. They can play around with statistics as much as they want, but it's clear that we have an unfair distribution of wealth.

Spiegel: That hasn't seemed to bother anyone, as long as the dishwasher-to-millionaire dream still exists.

Rogoff: I tell my children that a man like Bill Gates has a personal fortune of $100 billion. They can't even comprehend that. Then I explain that he has more money than some countries. If we have these extremes, I can't understand why we should get rid of the inheritance tax. It hasn't harmed the economy, and it has evened out the distribution of income across generations.

Spiegel: Billion-dollar tax cuts for the super-rich -- such as eliminating the inheritance tax -- are meant to generate growth for all. Conservatives like to say that a rising tide lifts all boats.

Rogoff: The New Orleans disaster made it painfully clear what happens to people in deep poverty: they don't even have a boat. Even more tax cuts are the wrong approach, as long as we don't even have universal health insurance for children. I think that's outrageous.

Spiegel: Are these injustices the price for lower unemployment and strong growth in the United States?

Rogoff: This unbridled capitalism in the United States can't be sustained socially. It leads to tensions. If we experience another five years like the last five, we will start seeing greater social friction. After all, people aren't looking at how they're doing, but rather at how their neighbors are doing and at their own place in society. These huge inequalities are not a particularly desirable characteristic in our society.

Spiegel: Are Western corporate CEOs driven by globalization, or do they themselves use the situation to their advantage?

Rogoff: We react to market forces and we try to protect jobs -- that's the image many managers have of themselves. They have no idea why people are so furious with them. Look at corporate takeovers where outgoing CEOs get a $50 million settlements and 5,000 workers are let go. That kind of thing happens all the time. On the one hand, it shows that we have a flexible economic system and we permit change. On the other hand, it's completely naïve to think that this doesn't create tensions.

Spiegel: But don't companies and countries that oppose globalization end up hurting themselves?

Rogoff: There are no easy answers. Of course it would be suicidal to nationalize our industries, for example. But those who say the economy is growing and everything's just great are simply unwilling to acknowledge these cracks in the system. Incidentally, this gap is much bigger in China. It's the 21st century along the coastline, but if you travel to the interior, where two-thirds of all Chinese live, you'll experience the 18th century. These are incomprehensible inequities. They have an extremely raw form of capitalism.

Spiegel: According to the 19th century English economist David Ricardo, free trade is good for everyone. According to his theory, the wealthy industrialized nations would simply have to concentrate on becoming even more technologically advanced to make up for their outsourcing losses in certain industries.

Rogoff: Ricardo was never right. Sure, there are more winners than losers, and winners profit to a greater extent than the losers suffer. But the assertion that everyone benefits simultaneously from free trade is simply incorrect.

Spiegel: Protectionism ...

Rogoff: ... is not a solution. We can't turn back the clock. But unbridled capitalism will lead to some very real problems. We will see that ever-increasing deregulation can lose political support among the population in the long term.

Spiegel: If entire industries are shifted to the Far East, how can new jobs be created in the West?

Rogoff: Our high-tech industries are raking in tremendous profits, but for 50-year-old steelworkers or people in the aviation industries, it's difficult or impossible to improve their situations. The problem -- at least in the United States -- is not that people can't find jobs. The problem is that they're no longer finding jobs that provide them with dignity and decent social status. This tremendous downward pull for unskilled laborers has been around for a long time. But now outsourcing is also beginning to affect people in mid-level and higher-level jobs -- those who had felt secure in their positions.

Spiegel: Are you saying that not even a first-class education can protect against competition from the Chinese?

Rogoff: You know, I was a chess pro in my younger days. Back then, the best player in New York could earn a pretty good living. But now the Indians and Chinese have become brilliant chess professionals. They get on a plane and play all over the world. This has led to dramatic pressure on incomes. Nowadays, the best chess player in Argentina can no longer make a living playing chess.

Spiegel: What's Germany's place in the globalized world?

Rogoff: Even if your economy grows a little this year, the trend is pointing downward. You need reforms in the labor market, in the tax system, in the area of corporate governance and in the education sector. Your school system is very good compared with the US, but your universities are not competitive.

Spiegel: You've already written off one of the world's biggest economies?

Rogoff: Please don't misunderstand me. If Berlin would finally enact some decisive reforms, it could surpass the United States in growth for 20 years. Germany has such incredible wealth --with its culture, its education and its highly qualified population. It would just have to flex its muscles a little to achieve growth rates of four to five percent in the coming years and turn itself into an economic miracle, as it did in the 50s and 60s. But that won't happen as long as you have this political paralysis.


Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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Mercredi 26 avril 2006 3 26 /04 /2006 18:49


Commençons les travaux

Kenneth Rogoff


Tout bon banquier spécialisé dans l'investissement international sait que la fin avril est une mauvaise période pour proposer ses services, car c'est l'époque où les ministres des Finances du monde reviennent chez eux après la réunion du FMI à Washington, soucieux à l'idée que les risques courus par l'économie mondiale puissent déborder jusqu'à leurs propres jardins. Les ministres sont trop occupés à se remettre de leur traumatisme pour songer à payer le prix fort pour de nouveaux emprunts internationaux. Qui veut augmenter sa dette alors que la crise financière attend peut-être au coin de la rue ? Mieux vaut continuer d'amasser des bons du trésor américain, même si les retours sont bien moins élevés que pour la plupart des autres investissements.

Mais est-ce vraiment le cas ? Alors que l'économie actuelle se trouve au milieu d'une expansion durable et toujours plus équilibrée, le temps n'est-il pas venu de considérer les risques de hausse ? En particulier, les gouvernements, et surtout ceux qui n'en finissent pas de construire des réserves de dollars, ne devraient-ils pas plutôt commencer à penser à la manière de construire leurs routes, ponts, ports, réseaux électriques et autres infrastructures ? Le temps n'est-il pas venu de commencer à jeter les fondations d'une croissance future, notamment dans les régions les plus pauvres qui attendent encore leur part de la prospérité actuelle ?

Ne vous méprenez pas, je ne suis pas en train de plaider la débauche fiscale. Mais l'équilibre des risques a changé au cours des dernières années. Oui, au cours des trois à cinq prochaines années, il y aura probablement une autre récession mondiale. Et oui, il y aura sans doute une autre poussée de crises financières – peut-être en Europe centrale, qui ressemble aujourd'hui à l'Asie avant sa crise de 1997. Les craintes récentes à propos du déficit commercial béant de l'Islande et du nouveau ministre des Finances brésilien ont secoué le monde entier, rappelant aux investisseurs internationaux que bien que de nombreux marchés émergents passent progressivement au statut d'investisseurs, la plupart n'en sont pas encore là.

Mais il y a les bons et les mauvais risques, et une politique économique solide consiste autant à capitaliser sur les bonnes périodes qu'à éviter les mauvaises. Les gourous économiques de sites comme la Banque mondiale ont développé une liste ridiculement longue d'étapes que les pays se doivent de respecter pour augmenter leurs taux de croissance (le “Consensus de Washington étendu”). Tout comme pour se maintenir en bonne santé, se concentrer sur un seul composant ne suffit pas. Mais s'il y a un domaine dans lequel il existe des opportunités évidentes, et où la politique peut vraiment faire une différence, c'est l'investissement dans les infrastructures.

Les problèmes d'infrastructures de l'Inde sont légendaires, ses aéroports et chemins de fer d'un niveau d'inadaptation comique. Cependant, à part dans quelques pays parmi lesquels la Chine, évidemment, mais aussi l'Espagne (NON!), les faibles dépenses d'infrastructure sont épidémiques.

Même les États-unis disposent d'infrastructures entravées par la négligence, avec ses ponts qui s'écroulent et un réseau électrique dangereusement surchargé. Le Brésil, riche en terre, est aussi un cas d'école en termes de conséquences du sous-investissement. Ses systèmes d'infrastructures sont peut-être appropriés pour soutenir son taux de croissance tiède à 3-4%, mais ils sont insuffisants pour soutenir les taux de 6-7% qu'il devrait connaître au milieu de l'expansion mondiale actuelle. La Russie, malgré les richesses immenses en pétrole et en gaz de la Sibérie, n'investit même pas assez pour soutenir une croissance saine dans ses industries énergétiques, encore moins le développement humain dans les régions pauvres du pays (y compris l'infortunée Sibérie).

Certes, les dépenses des gouvernements pour les infrastructures sont souvent gaspillées. Ma ville natale de Boston a récemment réussi à dépenser l'incroyable somme de 15 milliards de dollars pour rendre quelques autoroutes souterraines. Et ce soi-disant “Big Dig [gros trou]” est un véritable modèle d'efficacité comparé à de nombreux ponts japonais de sinistre réputation qui ne mènent nulle part.

Il existe pourtant des moyens de moins gaspiller. La transparence dans l'achat des équipements fait des merveilles. C'est aussi le cas de l'implication du secteur privé. Le prix Nobel d'économie William Vickrey n'a cessé de plaider en faveur des autoroutes payantes financées par le privé (BOF, vraiment sujet a debat...!). Une supervision privée peut souvent produire une construction meilleure et plus efficace, et en théorie, les autoroutes payantes contribuent à diminuer les embouteillages (ironie du sort, Vickery est mort dans un embouteillage.) Même la Chine, qui a créé plus de 50 000 kilomètres de routes et des dizaines d'aéroports au cours des cinq dernières années, utilise des financements privés.

Certes, les pays qui n'ont pas assaini leur situation fiscale, comme c'est le cas pour l'Inde, ne doivent pas se jeter dans de grands projets gouvernementaux sans prévoir des réformes pour assurer leur durabilité. La prudence fiscale et des taux d'inflation stables sont les pierres angulaires de l'environnement économique relativement sain d'aujourd'hui. Mais pour des pays qui peuvent se permettre d'investir davantage, particulièrement ceux qui détiennent un excès de précieux dollars permettant le développement sous forme de paresseux bons du trésor américains, le moment est sans doute venu de se livrer à une nouvelle estimation de l'équilibre des risques.

Le FMI a tout à fait raison de rappeler aux ministre tous les ans en avril les risques de baisse des cours. Le besoin de nouvelles infrastructures n'est pas une autorisation de jeter la prudence par la fenêtre. Mais lorsque les ministres des Finances du monde se seront remis de leur thérapie de choc d'avril, ils devront aussi considérer les opportunités qui s'offrent à eux.



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Vendredi 19 mai 2006 5 19 /05 /2006 17:21









Marre de Wal-Mart ?

Kenneth Rogoff



Voulez-vous savoir quel vidéo-clip fera bientôt trembler les décideurs du monde entier ? L'économiste Thomas Holmes, suivant un scénario qui ressemble de façon troublante à la diffusion d'une épidémie mondiale, a préparé une simulation cartographique dynamique montrant l'expansion des magasins Wal-Mart aux États-Unis. En commençant par l'épicentre à Bentonville, dans l'Arkansas, où Sam Walton ouvrit son premier magasin en 1962, les big-box stores [magasins-boîtes] géants Wal-Mart se sont maintenant multipliés au point que l'Américain moyen vit désormais à moins de sept kilomètres d'une de ces boutiques.

Il est intéressant de noter que les magasins évoluent à la manière des pétales d'une fleur qui s'épaississent et s'étendent. Plutôt que de sauter directement jusqu'aux côtes, puisque 80% des Américains vivent dans un rayon de 80 km de l'Atlantique ou du Pacifique, Wal-Mart s'est étendu de façon organique par le biais d'une chaîne de fournisseurs en constante expansion. Même si chaque nouvelle boutique vole une partie de la clientèle des magasins Wal-Mart établis dans les environs, l'efficacité des approvisionnements en constante amélioration contribue à maintenir la croissance globale de la chaîne.

Qu'on l'adore ou qu'on le déteste, Wal-Mart est indéniablement l'exemple parfait des coûts et des bénéfices de la mondialisation moderne. Les consommateurs y dépensent considérablement moins que dans des magasins traditionnels. Par exemple, les économistes considèrent que l'alimentation chez Wal-Mart coûte 25% moins cher que dans une chaîne de supermarchés ordinaire. La différence de prix pour de nombreux autres produits de consommation est encore plus grande.

Voyez l'étonnant fait suivant : avec quelques autres magasins du même style : Target, Best Buy et Home Depot, Wal-Mart compte pour environ 50% de la hausse de productivité tant vantée de l'Amérique par rapport à l'Europe au cours des dix dernières années. Cinquante pour cent ! Et le même genre d'avancées parmi les chaînes de grossistes compte pour 25% supplémentaires ! L'idée que les Américains sont devenus meilleurs en tout pendant que les autres pays riches stagnaient est donc très erronée. Le miracle de la productivité américaine et l'émergence du commerce de style Wal-Mart sont pratiquement synonymes.

Je n'ai rien contre ces grands hypermarchés. Ils sont une aubaine pour les consommateurs à bas revenus, et compensent en partie la croissance tiède des salaires dont beaucoup d'entre eux ont pâti au cours des deux dernières décennies. Et je ne suis pas d'accord avec certains de mes amis qui snobent les magasins Wal-Mart et prétendent n'y avoir jamais mis les pieds. En tant que consommateur, j'adore les big-box stores. C'est aussi certainement le cas des partenaires commerciaux de l'Amérique ; Wal-Mart à lui seul compte pour plus de 10% de toutes les importations américaines depuis la Chine.

Mais j'émets quand même quelques réserves quant au modèle Wal-Mart utilisé comme schéma directeur de la croissance mondiale. Tout d'abord, il y a la question de son effet sur les travailleurs à bas salaires et sur les détaillants plus petits. Les enquêtes révèlent que, tout en restant dans la légalité, ses politiques sociales exploitent des lacunes de la réglementation qui, par exemple, lui permettent d'échapper au fardeau des frais de santé pour de nombreux employés (Wal-Mart fournit une couverture de santé à moins de la moitié de ses employés). Et l'arrivée de ces hypers dans une communauté écrase les détaillants établis de longue date, et transforment souvent leur personnalité de façon impressionnante.

Oui, jusqu'à un certain point, c'est le prix du progrès. Mais la perte de l'esthétique et de la communauté ne se calcule pas simplement grâce à des statistiques sur les revenus et les prix. Les big-box stores ne sont pas vraiment jolis, d'où leur nom [grosses boîtes]. Si leur croissance explosive se poursuit au cours des 20 prochaines années, les Américains considéreront-ils un jour leur prolifération comme un exemple spectaculaire de l'échec des modèles de croissance équilibrée à l'échelle régionale ?

Certes, beaucoup d'Européens, et d'autres, considèreraient la simulation vidéo de Holmes reproduisant le développement de Wal-Mart comme un film d'horreur. Les Français ont peut-être inventé l'hypermarché, ancêtre du magasin big box, mais ils n'ont jamais eu l'intention de le laisser se développer sans contrôle. La grande question pour les Européens consiste à savoir s'ils peuvent trouver des moyens d'exploiter certains des gains d'efficacité incarnés par le modèle Wal-Mart sans pour autant se laisser dépasser par lui.

Pour les Américains, existe en outre la question de savoir quoi faire lorsque le phénomène des big-box stores s'essoufflera. Si une si grande partie de la productivité américaine se réduit vraiment à laisser Wal-Mart et ses cousins les supermarchés poursuivre leur expansion démente, que se passera-t-il lorsque cette source de croissance s'épuisera ? L'économie américaine dispose de nombreuses autres forces, notamment son système financier supérieur et sa position dominante en biens d'équipement de haute technologie, mais le fait est que l'avantage des États-Unis dans ce secteur n'a pas pour l'instant été aussi frappant que le phénomène Wal-Mart. Il est curieux de voir combien de gens semblent penser que les USA vont connaître une croissance plus rapide que l'Europe et le Japon au cours des dix prochaines années,simplement parce que c'est ce qui s'est passé au cours des dix dernières années.

Wal-Mart et consorts constituent un élément central de notre époque de mondialisation moderne. Ils ne sont pas vraiment l'épidémie que leur schéma explosif de développement laisse apparaître, mais leur émergence n'est pas non plus totalement bénigne. Ceux qui désirent imiter les tendances de la productivité américaine doivent se demander aujourd'hui ce qu'ils penseraient de l'apparition de magasins en forme de boîtes ponctuant leur campagne, tirant les salaires vers le bas et causant la mort des petits détaillants. Les Américains, quant à eux, doivent réfléchir à l'endroit où se situe le juste équilibre entre esthétique, communauté et petits prix.


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Jeudi 20 juillet 2006 4 20 /07 /2006 19:45


G-8 Movie Night

Kenneth Rogoff


Many people rightly regard the annual G-8 (Group of Eight) presidential summit as the closest thing we have to a functioning world government. So it is a shame that these meetings tend to be so scripted and dull, with so little room for the informality needed to make genuine progress on tough issues involving world peace and prosperity.

True, this year is a bit better thanks to having Russia’s Vladimir Putin as host; there is simply too much tension between him and his Western counterparts to keep all emotions under wraps. But if these meetings are ever to be really effective, we need a change in format to spice things up. I have a suggestion. Why not have George W. Bush, Putin, and the other leaders share a G-8 movie night, and then discuss their reactions over drinks afterwards? That should get a conversation going!

Of course, there is the question of which movie to pick. This year, the clear first choice has to be the 1963 James Bond spy thriller “From Russia with Love.” The name itself makes it a winner, and the presidents can enjoy watching the fireworks between suave British spy Bond (Sean Connery) and his fetching Russian KGB counterpart Tatiana (Daniela Bianchi). In case you are worried that the Bond-Tatiana affair would spark too many off-color remarks from the collective eminences, the presence of German Chancellor Angela Merkel should keep things under control.

Perhaps after a couple drinks, Putin might spill the beans on whether, as a real-world KGB agent, he ever directed any remotely similar operation. And Bush, while of course having no such experience of his own, could retell some of his father’s stories when he was the head of the CIA in the 1970’s. Not to be left out, Europeans could use the film’s romantic shots of Istanbul to open up about whether Turkey will ever join their club.

There are countless other possibilities. It would be a bit awkward, but the esteemed guests could also view “An Inconvenient Truth,” narrated by Al Gore, the man Bush narrowly defeated in the 2000 US presidential election. Gore’s deeply earnest film plots the relentless, and potentially disastrous, warming of the earth during the industrial era. He attributes, debatably, the entire problem to higher carbon emissions from cars, power plants, etc.

Gore’s film would give the Europeans, always in danger of being marginalized at these meetings, the chance to boast about how they, unlike the Americans and Russians, are already doing their part by heavily taxing gas consumption. Bush’s reaction is less predictable.

On the one hand, his new star Treasury Secretary, Hank Paulson, the former chairman of Goldman Sachs, has long been deeply committed to environmental causes. Paulson’s appointment presumably shows that Bush is far more concerned about environmental issues than is commonly believed. But, on the other hand, some of Bush’s more intemperate Republican colleagues might have told him that global warming will lift ocean levels to the point where many of the coastal “blue” states, which tend to vote for the opposition Democrats, will be washed away, leaving only “red” Republican states in the center of the country.

Putin’s position on global warming would be less ambivalent. With his country so totally – indeed, embarrassingly – dependent on oil and gas revenues, he is hardly likely to want to spark a big push towards energy conservation.

One could go on forever with possible films, but clearly G-8 movie night might rekindle life in the organization’s moribund framework, and keep it going for many years to come. And there are so many other advantages.

Consider the dubious results from the G-8 summit in Gleneagles, Scotland, in 2005. Desperate to capture some of the star power of the rock star-driven campaign to reduce poor countries’ debt, the leaders agreed to forgive Third World debt that no one ever expected to be repaid. Rather than making really substantive improvements in the quantity and quality of aid delivery, not to mention finding a path towards better governance in Africa, they chose a desperate plea for photo ops with Bono and Angelina Jolie.

With a movie night, there would be a ready-made excuse for inviting glitterati to attend G-8 events to help spark discussions. Don’t we all want to know how Bond (oops, I mean Sean Connery) would deal with Iran or North Korea?

To be sure, there could be glitches. What if Russia were to inadvertently use a copy of the film that was pirated, as one imagines is true of most copies floating around in Russia? That would hardly look good given all the bashing China takes for not enforcing intellectual property rights more vigorously. Or what if, after a few years, the whole thing devolves into an empty exercise in political correctness?

Still, I say let’s give G-8 movie night a chance. It would certainly be more entertaining that the current framework, and, who knows, it might even inspire better policy.



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Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /2006 15:34


Big, fat American shopper to the rescue

by Kenneth Rogoff


It is appalling that the world has decided to blame the United States for the crushing end to five years of global trade talks last month (the so-called Doha Round). I am the first to admit that the U.S. under President George W. Bush has not covered itself with multilateral glory in recent years. But accuse America of sabotaging the trade talks? Give me a break.

Has anybody noticed that for more than a decade now, U.S. imports have been averaging several hundred billion dollars more than exports? Do people seriously believe that the U.S. has accomplished its majestic trade deficit by shutting its doors to foreign goods? On the contrary, through its low tariffs and general lack of import restrictions, ... Americans buy more foreign-made refrigerators, cars, clothing, computers -- you name it -- than anyone else.

Happily for world exporters, the same binge mentality that makes a whopping two-thirds of Americans either overweight or obese seems to extend to all their purchasing habits. Since the start of this decade, neither recession nor hurricanes nor sky-high oil prices have seemed to dent their appetites.

The simple fact is that even if [the] U.S. ... had refused to make a single "concession," and if Europe, Japan and the big emerging markets had kept their best offers on the table, the U.S. would still remain more open than all but a few small countries.

True, in the endgame of the talks, the U.S. caved in to its wealthy and powerful agribusiness lobby. But that was only after five years of intransigence by Europe's even more powerful farm lobbies. And this is not to mention emerging market politicians' failure to grasp that unilaterally reducing their excessive import restrictions would be a good idea even if rich countries sat on their hands.

What does last month's trade fiasco mean? ... The ... Democratic Party seems poised to take up growing wage inequality as an issue in this year's midterm U.S. congressional elections and in the 2008 presidential election. ...

The last thing that Bush's Republicans want is to appear indifferent to the plight of the middle classes. So, unfortunately, even if Europe came to its senses and emerging markets showed greater enthusiasm for liberal trade, we may not see a big global deal until the next decade.

How bad would that be? After all, many Asian countries have achieved impressive export-led growth under the current system. And bilateral or regional trade deals can chip away at some of the barriers in the current global system. ...

Even if Asia has succeeded by relentlessly exporting manufactured items, today's poorest countries, especially in Africa, can realistically export only agriculture and textiles ... precisely the range of goods that remain most protected under existing agreements. Bilateral deals can help, but they can also lead to higher trade barriers for everyone else. ...

[G]lobal economic growth in the past four years has been the fastest since the early 1970s. Rapidly expanding global trade, combined with an ever-freer and faster exchange of people and ideas, has been a cornerstone of this growth, particularly of the strong productivity gains that underlie it. Absent further trade agreements, there is a big risk that the pace of globalization will slow, with profound consequences for global poverty and welfare.

Outside Africa, the people who will suffer the most are those in countries like Brazil, India, China and Mexico, whose leaders rightly took on rich-country farm subsidies, but wrongly failed to recognize the profound costs of the developing world's own import restrictions.

So for now, the world must hope that Americans continue gorging on foreign imports. Wallis Simpson, the controversial U.S.-born Duchess of Windsor, once famously quipped, "You can never be too rich or too thin."

Fortunately for everyone, America's motto nowadays is "You can never be too rich or too fat." When Americans finally decide to go on an import diet, as they will someday, the world's hypocrisy over the failed global trade talks will become apparent to all.


Par Pancho Villa - Publié dans : Kenneth Rogoff
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